Libéralisme et conditions de travail

 

Le jeudi 18 avril les médias ont annoncé une nouvelle tragique, deux policiers s’étaient suicidés. Depuis le début de l’année le nombre de policiers s’étant donné la mort est de vingt-huit. Même si de tels actes sont souvent la conjonction de plusieurs causes, les conditions de travail des policiers depuis le début des mouvements sociaux se sont nettement dégradées. Le cas de la police n’est, hélas, pas le seul : dans la plus-part des entreprises, publiques ou privées, la souffrance au travail est monnaie courante. Souvenons-nous du suicide de trois salariés dans les locaux de Renault Guyancourt entre octobre 2006 et février 2007, du personnel des hôpitaux totalement dépassé par le nombre de plus en plus élevé de patients avec des moyens chaque année plus réduits, des autoentrepreneurs sous-payés, sans couverture sociale et combien d’autres encore ont attenté à leurs jours sans faire la une des journaux télévisés.
La dégradation des conditions de travail est la conséquence du triomphe des idées néolibérales depuis le début des années 90. Afin d’accroitre toujours plus les bénéfices et augmenter le montant des dividendes servis aux actionnaires, il faut réduire les coûts, donc les salaires, et produire toujours plus vite avec des conséquences très négatives pour les salariés : stress, burn out, dépression et suicide. La limite ultime de cette dérive est l’esclavage : le travail ne coûtant rien !
La dégradation des conditions de travail peut aller très loin, jusqu’à humilier les salariés et attenter à leur dignité d’homme. Une étude de 2016 indiquait que la majorité des 250 000 ouvriers du secteur volailler, aux Etats-Unis, ne bénéficiait pas de pauses toilettes adéquates, ce qui les obligeait à porter des couches culottes sur leur poste de travail.
Dans son ouvrage « La Déconnomie », Jacques Généreux cite les méthodes intolérables mises au point par des managers pervers : « Ces gens-là, préconisent de réduire les moyens matériels et humains mis à disposition pour atteindre les objectifs, et de les réduire jusqu’à ce que la réussite soit impossible, puisque toute réussite peut manifester un excès de moyens à la disposition des salariés. »
Ce capitalisme néolibéral pense qu’il peut gouverner les hommes comme il gère les choses, or si les choses ne pensent pas, ne souffrent pas, il en va autrement des hommes et si on les pousse trop à bout, ils peuvent même se révolter ! La gauche en général et le parti socialiste, en particulier, doivent défendre les plus faibles contre les excès intolérables de ceux qui imposent à tous les êtres humains des conditions de travail et de vie inadmissibles : c’est parce qu’elle a abandonné la critique des excès du capitalisme que la social-démocratie est en recul dans toute l’Europe. Pour exister, pour être entendu, nous devons proposer de transformer la société, avec plus de justice et de solidarité, et non, nous contenter de gérer une société où les néolibéraux ont imposé leurs règles en déclarant qu’il n’y a pas d’alternative, ce qui est faux.
Méditons les paroles d’Edmund Burke : « La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien. » Nous savons ce qui nous reste à faire : ne restons pas inactifs, agissons !

Victor PECASTAING

 

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