A quoi sert le grand débat ?

 

Le président de la république présente ce grand débat comme la réponse miracle aux questions que posent les gilets jaunes. Après avoir méthodiquement ignoré les corps intermédiaires, partis politiques, syndicats, presse, le président se retrouve seul face au mouvement social et risque de concentrer toute la colère sur sa personne.

La question récurrente est connue de tous, depuis plusieurs semaines sur les ronds-points, dans les rues, elle est répétée, scandée sur tous les tons : « Nous voulons une répartition plus juste de la richesse produite pour vivre correctement avec une dignité retrouvée ».

Le grand débat charriera des milliers de questions diverses, contradictoires, voire farfelues. Il sera tentant pour l’exécutif de ne retenir que les questions qui lui conviennent. Comment effectuer une synthèse fidèle et cohérente à partir de milliers de propositions ?

La méthode retenue pour résoudre la crise est fort différente de celle mise en œuvre tant en 1936 qu’en 1968. En 1936 Léon Blum avait réuni la Confédération Générale du Patronat Français, la Confédération Générale du Travail et l’état pour aboutir aux accords de Matignon. En 1968 Georges Pompidou, premier ministre, avait également réuni les représentants du patronat et les syndicats des salariés pour aboutir aux accords de Grenelle. Dans les deux cas, une conférence sociale avait permis par la négociation de mettre un terme à la crise grâce à une amélioration conséquente des conditions de travail et des salaires tout en responsabilisant les partenaires sociaux. En 2019, le gouvernement est aux abonnés absents, les syndicats ignorés, méprisés et consciencieusement contournés. Les prestations du président de la république qui ressemblent au grand oral d’entrée à l’ENA, ne mettrons pas fin au mouvement de contestation. Il semble que les manifestations n’ébranlent aucunement les certitudes du président et du gouvernement : ils ont fait les bons choix et il n’est pas question de les mettre en cause !

Pourtant, il est urgent de prendre des mesures en faveur des français ayant des revenus trop faibles pour vivre dignement et accepter de revenir sur certaines décisions prises par le gouvernement comme le remplacement de l’ISF par l’Impôt sur le Fortune Immobilière et la taxe forfaitaire sur les revenus des placements financiers.

On peut s’interroger sur la durée de ce débat. Deux mois, c’est long, très long. Ou bien espère-t-on en haut lieu un épuisement du mouvement de contestation afin de ne rien changer à la politique conduite depuis dix-huit mois ?

Si tel est cas, le président et le gouvernement, en refusant toute remise en cause de la politique menée depuis l’élection présidentielle, prennent le risque d’une radicalisation du mouvement avec des débordements violents. Tous les démocrates, attachés à l’état de droit ne peuvent accepter de faire courir un tel risque à la démocratie.

Messieurs les gouvernants, écoutez les français, répondez à leur attente et prenez les décisions qu’exigent les circonstances en négociant avec les partenaires sociaux !

 

Victor PECASTAING

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