Expression militante sur la réforme constitutionnelle

Quelle réforme constitutionnelle souhaite Richard Ferrand ?

Dans une tribune publiée dans le Monde daté du 5 octobre, Richard Ferrand, président de l’assemblée nationale, se livre à un long plaidoyer en faveur de la réforme constitutionnelle.
Il écrit : « Attendue par l’opinion, cette réduction du nombre de parlementaires est indispensable pour renouer le lien de confiance entre les citoyens et leurs élus ». Réduire le nombre de parlementaires va les éloigner davantage des électeurs, avec des circonscriptions beaucoup plus grandes, les rencontrer sera plus difficile et le lien de confiance distendu. Moins nombreux, les parlementaires seraient plus efficients alors qu’avec une charge de travail plus importante ils ne pourront pas suivre efficacement les textes de loi et mieux contrôler l’exécutif. Diminuer le nombre de parlementaires accentuera la prééminence de l’exécutif sur le législatif.
Il constate que « nous vivons dans un monde où le pouvoir exécutif partout se renforce », notamment parce que « les marchés réagissent immédiatement aux inflexions politiques ». Les marchés dictent leur loi aux gouvernements, ils jouent avec les taux auxquels les états empruntent, sanctionnant sans état d’âme ceux qui ne respectent pas les dogmes de l’économie libérale. Nos gouvernants répètent qu’il faut rassurer les marchés, mais se soucient beaucoup moins de rassurer les chômeurs et les personnes en difficulté.
Dans le monde on assiste à une montée inquiétante des dérives autoritaires des pouvoirs en place. Richard Ferrand veut-il se placer dans le sillage de Victor Orban et du gouvernement polonais qui ont considérablement renforcé le pouvoir exécutif, muselé l’opposition et la presse, bafoué l’indépendance de la justice et mis à mal l’état de droit au sein même de l’Europe ? Ce n’est pas parce que des peuples inquiets et déboussolés réclament un homme à poigne qu’on doit leur emboiter le pas. L’histoire nous rappelle que cela finit toujours tragiquement car tout détenteur de pouvoir est tenté d’en abuser.
En matière de justice le président de la république veut un parquet aux ordres. Il a biffé d’un trait de plume les trois noms proposés par la ministre de la justice, avec l’aval du premier ministre et du Conseil Supérieur de la Magistrature pour occuper le poste de procureur de Paris, une première en la matière.
Le premier ministre a subi deux camouflets, on ne l’a pas informé de la démission du ministre de l’intérieur alors qu’il s’exprimait devant les députés sur ce sujet et Gérard Collomb l’a ignoré superbement en remettant sa démission directement au président de la république.
Le président décide de tout et n’est responsable de rien et le premier ministre qui ne décide de rien, est théoriquement responsable de tout. Renforcer le pouvoir de l’exécutif n’est pas nécessaire et sans doute dangereux en réduisant les prérogatives du parlement et l’indépendance de la justice.
Ce n’est pas en utilisant un fouet plus long que le cocher du carrosse fera galoper plus vite les chevaux surtout s’il en réduit le nombre.

​​​​​​Victor PECASTAING

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