Expression militante

Défendons l’État de droit

Un horrible attentat a été commis à Trèbes, il a coûté la vie à quatre personnes dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui a accompli son devoir jusqu’au sacrifice de sa vie pour sauver celle d’une caissière du Super U. Cet acte héroïque mérite le respect unanime de l’ensemble des français. Cependant, sans attendre la fin de la période de deuil et l’hommage rendu aux quatre victimes, des responsables de l’extrême droite, aussitôt suivis par ceux des Républicains, ont tenté une récupération politique indécente de la tragédie infligée par un fanatique se servant de sa religion pour justifier l’injustifiable.
Dans deux discours, très ressemblants, Marine Le Pen et Laurent Vauquiez se sont livrés à une surenchère démagogique : incarcération de tous les fichés S, déchéance de la nationalité, rétablissement de l’état d’urgence et enfin mettre hors d’état de nuire des personnes avant qu’elles ne passent à l’acte.
Ces mesures sont, impossibles, inefficaces voire dangereuses. Les fichés S, pas tous suspectés de terrorisme, sont environ vingt mille ; où les incarcérer ? La perspective de la déchéance de la nationalité n’aura aucun effet sur des personnes qui haïssent la France. Marine Le Pen et Laurent Vauquiez oublient que la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme a fait rentrer dans le droit commun les principales dispositions de l’état d’urgence. Enfin mettre hors d’état de nuire des personnes n’ayant commis aucun acte de propagande terroriste ou autre, est une négation de l’état de droit.
La justice, dans un état de droit, repose sur une accusation basée sur la preuve. L’accusation doit apporter la preuve de la culpabilité de la personne mise en cause. Ce que proposent le FN et les Républicains repose sur une justice de suspicion, basée sur des pronostics : on ne vous condamne pas pour ce que vous avez fait mais pour ce que l’on suppose que vous pourriez éventuellement faire. Une telle conception de la justice ouvre la porte aux pires excès ; tous les régimes totalitaires usent de telles méthodes pour museler leurs opposants.
Il faut toujours se méfier des lois de circonstances, votées dans la précipitation et sous l’effet de l’émotion. Une loi doit avoir un caractère général et non particulier, il faut toujours anticiper sur l’usage que pourrait en faire un pouvoir extrémiste, le pire n’est pas sûr mais il vaut mieux être prévoyant.
Enfin, nous sommes confrontés à un ennemi barbare pour qui la vie n’a aucune valeur mais ce n’est pas une raison pour brader nos idéaux de justice, d’égalité et de liberté, fondement de l’état de droit. Si nous cédons à la tentation liberticide nous offrons la victoire morale à nos ennemis. Que je sache, les résistants qui luttaient dans des conditions autrement plus terribles que celles que nous connaissons aujourd’hui, face à la barbarie nazie, n’ont jamais songé à remettre en cause l’état de droit, au contraire, c’est la perspective de son rétablissement qui leur donnait la force de se battre, parfois de mourir, pour un monde meilleur.
Les socialistes doivent être leurs dignes héritiers, ne cédons rien de nos valeurs républicaines et humanistes.

Victor PECASTAING

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