Expression militante

Le Président, le cheminot et l’agriculteur.

En visitant le salon de l’agriculture, le samedi 24 février, le Président de la République, a croisé dans une des allées de la vaste exposition, un cheminot. L’intérêt commun qu’ils portaient au monde agricole ne les a pas empêché d’échanger quelques mots aussitôt abondamment relayés par les radios et les télévisions.
En réponse au cheminot qui s’inquiétait de l’avenir de la SNCF et de son propre sort, le Président a répliqué avec vivacité : « Je ne peux avoir d’un côté des agriculteurs qui n’ont pas de jours fériés et qui n’auront parfois pas de retraite et dire, le statut des cheminots il ne faut pas le changer. Je ne vais pas embaucher un cheminot comme il y a cinquante, ce serait fou. »
Qu’une réforme de la SNCF soit nécessaire, c’est une évidence ; elle ne peut continuer à creuser un déficit qui s’élève à environ 50 milliards d’euros. Les cheminots ne sont pas les seuls responsables de la situation actuelle, la direction de l’entreprise et le gouvernement ont aussi leur part de responsabilité.
Pourquoi choisir le sort, peu enviable, des agriculteurs pour justifier la remise en cause du statut des cheminots qui ne sont pas des nantis ? Le Président aurait pu choisir par exemple, monsieur Carlos Ghosn qui a perçu en 2017 environ 16 millions d’euros. Non, il a justifié la remise en cause d’un statut en le comparant à celui des agriculteurs qui subissent de plein fouet la dictature économique des centrales d’achat de la grande distribution. Il est exact que les agriculteurs travaillent beaucoup et parfois à perte. Est-ce une raison pour niveler par le bas les conditions de vie des français ? Certainement pas, car le néolibéralisme impose une baisse des rémunérations des plus modestes au nom de la compétitivité et « en même temps », à l’inverse, une hausse des rémunérations les plus élevées au nom de cette même compétitivité.
En dressant les salariés français ayant des statuts différents les uns contre les autres, le Président prend le risque de mettre à mal la cohésion sociale du pays. De tels choix risquent de fragmenter la société et de provoquer aigreur et défiance. Les plus modestes n’ont rien à gagner d’une telle confrontation, au contraire, ils doivent s’unir autour des organisations syndicales afin obtenir une amélioration de l’ensemble des conditions de travail des salariés en se référant aux statuts les plus avantageux, cela porte un nom : le progrès social.
Ce n’est pas en malmenant le statut des cheminots que l’on améliorera les conditions de vie des agriculteurs. La droite considère que le coût et les conditions de travail favorables aux salariés sont des obstacles à la croissance économique. Au contraire, la gauche pense que le progrès économique ne vaut que s’il est équitablement partagé afin de réduire les inégalités qui constituent un véritable cancer social et un danger mortel pour la démocratie. Sans un minimum de justice, la démocratie ne peut se perpétuer, déconsidérée, elle risque fort d’être débordée par le populisme et le totalitarisme : pas de démocratie politique sans démocratie économique.
En Europe le populisme et les régimes autoritaires progressent. Les socialistes défendront toujours la justice et la démocratie car il n’y a pas d’alternative. La démocratie n’est pas quelque chose de naturel mais une construction intellectuelle, fille des grecs et de l’esprit des lumières, donc forcément fragile.

Victor PECASTAING

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