Manifeste Des Landes – L’espérance, D’urgence !

Cher-e camarade,
A l’approche du congrès de notre parti, nous avons souhaité vous soumettre un manifeste, qui tienne compte de nos valeurs, de notre histoire mais aussi de ce que nous croyons essentiels pour l’avenir de notre famille politique et au-delà pour l’avenir du pays.

L’espérance, d’urgence !
Chers Camarades,

Neuf mois après la déroute électorale du printemps, une question essentielle se pose aux candidats au poste de premier secrétaire et plus largement à l’ensemble des socialistes: que faire du congrès d’Aubervilliers ?

D’abord éviter qu’il ne soit le lieu d’un mauvais théâtre, qui donnerait à penser que les enjeux de pouvoir et les équilibres internes sont nos seules préoccupations. L’effet serait dévastateur auprès de militants déboussolés et d’électeurs exaspérés sinon indifférents.

Les militants comme les électeurs de gauche, nous enjoignent aujourd’hui de nous entendre, de réapprendre à nous écouter, à nous parler, à faire des compromis pour construire un projet commun ambitieux. Ils ne veulent plus d’un carnaval glauque et stérile fait de querelles d’égo. Ils ne veulent plus être pris en étau entre l’intransigeance des uns et celles des autres. Ils veulent retrouver un dessein collectif.

Car ne nous voilons pas la face : le tableau est brossé et il tire davantage vers le gris que vers le rose. Il faudra du temps et surtout des preuves pour regagner la confiance de nos concitoyens et lever un nouvel espoir.

Le chantier de la refondation est vaste. La tâche sera rude. Nous ne concevons pas le congrès comme un point d’arrivée mais comme un point de départ de notre refondation. Elle commande d’abord de répondre aux défis politiques et sociétaux du moment.

Notre congrès oui, mais sans perdre de vue le combat politique. Face à un gouvernement, qui promettait le « meilleur de la droite et de la gauche » et qui six mois plus tard n’a retenu que le pire de la droite sur quasiment tous les sujets, ne donnons pas le sentiment aux Français que nous sommes uniquement préoccupés de l’organisation du Parti socialiste et de nous-mêmes.

Montrons que nous sommes d’abord préoccupés par les Français et particulièrement par les plus fragiles d’entre eux. C’est ce qui a toujours déterminé notre identité collective. Qui donc le fera si ce n’est nous ?

Certes il y a nécessité que le PS se rénove. Sur le plan des idées, cela ne fait guère de doute. La faiblesse doctrinale est ancienne, profonde, elle est aussi celle de l’ensemble des partis sociaux démocrates européens. Remarquons au passage que cette nécessité n’est pas nouvelle et qu’ici dans les Landes, dans le sillage d’Henri Emmanuelli, nous n’avons jamais considéré que la modération salariale et la flexibilité du marché du travail constituaient les deux mamelles de notre économie. Nous n’avons jamais non plus prôné le grand soir, ni le goss plan, comme nous l’avons entendu parfois.

Nous pensions simplement que le Parti socialiste devait clairement affirmer son opposition à un libéralisme décomplexé qui considérait l’humain comme une variable d’ajustement. Avec une exigence : celle de se frotter au réel, d’être pragmatique, en trouvant une façon plus juste d’articuler l’économique et le social. A l’heure de l’accroissement des inégalités spectaculairement mis en lumière dans le rapport Chancel- Picketty- Zucman nous n’avons pas changé de point de vue. Loin s’en faut.

Mais notre défaite ne fut pas qu’idéologique. Sachons reconnaître que notre action n’a pas toujours été à la hauteur des espoirs. C’est vrai pour le dernier quinquennat. Nous pourrions remonter plus loin. Nous avons souvent subi, parfois mal maîtrisé, la mondialisation déloyale, la financiarisation de l’économie, la contrainte extérieure, la brandissant à tout va pour justifier de multiples renoncements sur le terrain économique et social.

Par notre difficulté à répondre aux défis d’une société en pleine mutation, notamment dans son rapport au travail, et de plus en plus inégalitaire, nous avons laissé le sable recouvrir ce que nous avions construit de positif par ailleurs.

Ne pas le percevoir nous ferait passer à côté d’une lourde réalité.

Ne pas le reconnaître serait une faute politique grave.

Alors oui, la situation est compliquée. Mais il est temps de sortir de l’attente angoissée du pire.

Le rendez-vous d’Aubervilliers doit constituer le socle de la reconquête. Elle passe par l’unité. L’unité, tout le monde est pour. Le problème est, sur quelle base ?

« Mener le combat de la justice économique et sociale »

Il n’est évidemment pas question de dessiner ici les contours d’un programme à venir. Cela relève d’un travail collectif que le futur premier secrétaire devra conduire en prenant la mesure des nouveaux enjeux. Mais si l’on veut retrouver un chemin et un sens commun, il est impératif de tracer un horizon politique. Et l’horizon politique, ce sont les objectifs.

Il ne peut y avoir de dynamique sans une certaine forme d’espérance. Or la gauche est, elle-même, depuis bien longtemps en panne d’espérance.

Nous considérons donc que la première des priorités sera de mener le combat de la justice économique et sociale. D’abord parce qu’il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas percevoir derrière l’action du gouvernement la volonté sourde et tenace de favoriser les « premiers de cordée » et de remettre en cause notre modèle social, d’abandonner les plus fragiles à ce qu’il croit être leur destin de perdant, de consacrer durablement un pays partagé entre les gagnants d’une mondialisation heureuse d’un côté, et les victimes de la mondialisation déloyale de l’autre.

Face à cette entreprise déguisée sous les atours d’un aggiornamento prétendument « ni de droite, ni de gauche », nous devons réaffirmer le rôle de l’Etat en matière de régulation économique et replacer la question des solidarités et de la redistribution au coeur de notre projet politique.

Cela vaut pour la fiscalité, les services publics et la protection sociale.

Seule une action publique forte, active et imaginative, permettra de construire une « société des égaux » pour reprendre la formule de Pierre Rosanvallon.

Dans un monde où les écarts se creusent, l’égalité des chances reste une illusion pour la plupart, que ne réussiront jamais à transformer en réalité les quelques portraits d’enfants des classes populaires ayant réussi à se hisser en haut de l’échelle sociale. Nous devons reprendre pied à pied les batailles culturelles que nous avons perdues. Nous ne laisserons pas l’égalité réduite à l’égalitarisme, nous ne laisserons pas la solidarité caricaturée en de l’assistanat.

On nous opposera sûrement le poids des contraintes, la thèse des grands équilibres et l’absence d’alternative. D’aucuns parlerons de posture, de refus de regarder le monde en face… En tant qu’élus de collectivités locales, de départements ou de régions, nous savons bien que l’exercice du pouvoir, c’est la contrainte tous les matins et bien souvent le compromis tous les soirs. Mais c’est avant tout faire de vrais choix politiques.

En responsabilité, nous savons aussi et surtout que l’action publique est un levier puissant pour agir concrètement sur la vie des citoyens et le développement local.

Voilà pourquoi, les territoires ont un rôle essentiel à jouer dans la refondation du PS notamment par leur capacité d’innovation, à l’exemple de l’expérimentation en cours sur le revenu de base. Les territoires sont une partie de la solution. Il faut leur faire confiance et non pas les regarder avec suspicion et arrogance comme le fait l’actuel pouvoir politique.

Nous ne pourrons nous contenter de regarder l’avenir avec de vieilles lunettes.

Nous devrons tout réinventer dans la fidélité à nos valeurs, à nos principes, car il y a bel et bien un chemin à gauche. Notre chemin.

Nous devrons regarder en face les grandes mutations à l’oeuvre, la révolution numérique, la transition écologique, la mondialisation, regarder le monde tel qu’il est sans jamais renoncer à le changer. Nous devrons pour cela concevoir de nouvelles protections sociales, de nouveaux modèles productifs, de nouvelles régulations. La prochaine gauche sociale doit être aussi celle du retour de l’universel. De la politique pour tous.

« Construire une société des droits augmentés »

Dans son histoire, le socialisme s’est toujours battu pour l’augmentation des droits : droits à l’éducation, droits à la santé, droits au logement, droits des femmes, droits du travail, alors que les dernières ordonnances annoncent une régression historique…

Le combat de ce mouvement politique appelé socialisme n’est autre qu’un synonyme de justice.

Aussi, avec Lacordaire, nous considérons qu’entre le faible et le fort, c’est souvent la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. La loi, c’est-à-dire la République.

Une autre priorité sera donc d’agir pour construire une société de droits augmentés, de l’innovation et du progrès. Cela nous renvoie à notre rapport au travail et à la valeur travail dans une société développée mais qui ne parvient plus au plein emploi.

Cela nous renvoie également à des questions d’actualité qui au-delà du temps d’exposition médiatique forgent notre destin collectif. A commencer par la question migratoire. Elle n’est pas la plus simple à traiter, en particulier devant l’opinion. Mais nous devons y répondre en fidélité à nos valeurs. Et la dignité est la valeur suprême pour laquelle nous devons nous battre : dignité des plus démunis, dignité des exclus, dignité de tous ceux qui se battent pour une vie meilleure.

Nous pourrions aussi citer les droits à la culture ou le droit à l’éducation, qui ne doit pas se confondre avec la formation professionnelle.

L’accès à la culture et à l’éducation sont les conditions premières de l’émancipation, de la liberté de connaissance et d’analyse du monde de plus en plus complexe dans lequel nous vivons.

Nous avons beaucoup agi ces dernières années pour faire bouger les lignes, parfois à contre-courant. Considérons qu’en ce domaine comme dans d’autres, rien n’est jamais acquis. L’assouplissement de la réforme des rythmes scolaires, qui fait peu cas de l’intérêt de l’enfant alors que le plus jeune âge est déterminant dans le parcours de vie, est un bon exemple. Quand la crainte ou le rejet des réformes s’enracinent dans le confort de certains immobilismes, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour le progrès social. Opposer le mérite à l’égalité, cache toujours la défense des privilèges de quelques uns.

« Une République parlementaire, décentralisée et collaborative »

La quête de justice ne saurait s’accomplir sans une moralisation accrue de la vie publique mais aussi un approfondissement du débat démocratique. Il s’accommode mal aujourd’hui d’un régime « présidentiel », sans partage, sans équilibre et inadapté à son époque. Il est nécessaire, à la veille de la réforme institutionnelle promise par le président de la République, de réaffirmer la nécessité d’un rééquilibrage institutionnel au profit du Parlement, d’une part, du Premier ministre d’autre part qui doit être le vrai chef de la majorité. Au parlement, plus de moyens, plus de prérogatives, plus d’initiatives, avec une place éminente pour l’opposition. Aux citoyens, un droit civique nouveau, garanti dans son effectivité, à la participation et au contrôle. Aux territoires, la liberté d’aménager l’espace, de promouvoir le développement comme la nécessaire transition énergétique locale, dans le respect des citoyens, mieux intégrés aux processus de décisions qui les concernent.

« Nous avons besoin d’une Europe porteuse d’espérances »

Immigration, éducation, culture, environnement : sur tous ces sujets, nous avons besoin de l’Europe. Et d’une Europe forte, porteuse d’une espérance où la croissance économique, la justice sociale et la solidarité entre les peuples ne peuvent être dissociés.

L’Europe a été souvent présentée et vécue comme le fruit de contraintes, le produit d’une nécessité : l’Europe pour éviter la guerre, pour sauver l’agriculture, pour nous défendre des agressions économiques. L’Europe comme négation d’autres négations. Le monde bouge. Faisons en sorte que l’Europe se transforme en une affirmation positive et audacieuse et qu’elle devienne la nouvelle frontière et le continent de l’espérance, pas celui du renoncement et de la fermeture aux autres.

Nous devrons pour cela corriger son orientation trop libérale, combattre le dumping social et fiscal, remédier aux vices de conception de l’euro et de la politique monétaire, dont l’objet doit être autant de lutter contre l’inflation que contre le chômage, élaborer des plans de soutien à l’investissement, ne pas se résigner au développement d’une société européenne inégalitaire, qui ne correspond en rien ou à peu de choses au modèle humaniste que nous avons toujours défendu par opposition au modèle anglo-saxon.

Nous devrons collectivement nous emparer du défi de l’urgence climatique et mettre la transition écologique au coeur du projet européen, pour protéger la santé, moderniser notre appareil productif et réduire les inégalités qui naissent de la fracture énergétique.

Enfin, sur des sujets aussi cruciaux que ceux des réfugiés, l’Europe doit avoir une seule voix, comme elle a une seule monnaie et une seule citoyenneté. Une voix humaniste.

L’Europe n’est pas qu’une communauté de destin, c’est aussi une communauté de valeurs. Elle doit être résolument démocratique dans sa construction comme dans son fonctionnement.

Nous avons bien conscience qu’avec le recul quasi général de la socialdémocratie dans l’espace européen, la tâche est bien plus ardue encore que la refondation du Parti socialiste. C’est la raison pour laquelle, fidèle à sa vocation internationaliste, c’est avec ses partis frères partout en Europe que doit se refonder la gauche de gouvernement aujourd’hui si affaiblie.

Plus le chantier est vaste, plus il doit naître du désir.

« Notre stratégie? Le rassemblement de la gauche »

Pour le reste, qu’attendons-nous du congrès d’Aubervilliers ? Il y aura des contradictions. Il y en a toujours eu. Mais il serait souhaitable qu’à la fin, une ligne majoritaire se dégage et que le Parti se regroupe derrière cette ligne-là.

Par expérience, nous savons que la stratégie a toujours conduit à des choix politiques différents, davantage encore que les contenus programmatiques. Aussi mieux vaut avoir les idées claires à ce sujet, surtout que la pression va s’intensifier dans les prochains mois pour que nous allions voir du côté de Jupiter si l’herbe n’est pas plus verte.

Dans les Landes, notre conviction est faite : le jour où le Parti socialiste fera l’erreur fondamentale de braquer son regard vers le centre droit en tournant le dos à sa gauche, ce jour-là, il se condamnera à rester dans l’opposition pendant très longtemps. Il n’y a pas d’autres horizons que le rassemblement de la gauche pour le camp du progrès.

Nous croyons qu’il est indispensable que le Parti socialiste redevienne le socle de rassemblement de tous ceux qui partagent les idéaux de liberté, d’égalité, de solidarité, de progrès ; les valeurs d’humanisme, de laïcité, de justice économique et sociale ; de tous ceux qui s’engagent dans la défense des droits à la santé, à l’éducation, au travail, à la culture, au logement ; tous ceux qui considèrent que le service public doit être mieux considéré et aidé ; tous ceux enfin qui pensent que la dignité de l’Homme est une valeur suprême et que notre société doit se battre pour aider les plus démunis, les exclus, y compris aujourd’hui les migrants et demandeurs d’asile.

Ce nouveau Parti socialiste, fidèle aux idéaux et valeurs qui en ont fait sa force, éloigné de la démagogie populiste et de l’irréalisme économique, ce parti pourra alors renouer avec les classes populaires et avec les catégories moyennes dont il s’est coupé.

Enfin, il serait catastrophique qu’à l’issue de ce congrès, nous donnions le sentiment, faute de cohérence, que nous ne sommes pas en situation de mener la bataille de l’opposition au gouvernement. De la suppression de l’ISF, au bouclier fiscal pour la finance, de la suppression des contrats aidés au démantèlement du logement social et du code du travail, du détricotage méthodique de la refondation de l’école à la politique migratoire, les sujets n’ont pas manqué ces derniers mois.

Notre parti doit faire bloc et mener la bataille telle qu’elle doit être menée :
avec humilité, détermination, convictions et avec espérance.

Premiers signataires : Stéphane Cahen (Premier secrétaire de la Fédération du PS des Landes), Xavier Fortinon (Président du Conseil départemental des Landes), Boris Vallaud (Député des Landes), Monique Lubin (Sénatrice des Landes), Eric Kerrouche (Sénateur des Landes), Renaud Lagrave (Vice-président de la Région Nouvelle Aquitaine), Gabriel Bellocq (Conseiller départemental, Président du groupe socialiste au Département des Landes). Sylvie Bergeroo, Paul Carrère, Rachel Durquety, Muriel Lagorce, Odile Lafitte, Didier Gaugeacq, Magali Valiorgue, Dominique Degos, Jean-Luc Delpuech et Olivier Martinez (Conseillers Départementaux ). Elisabeth Bonjean (Maire et Conseillère Régionale), Marilyne Beyris ( Maire et Conseillère Régionale), Pierre Froustey (Maire, Président d’EPCI et Conseiller Régional), Serge Sore (Maire et Conseiller Régional). Jean-Claude Deyres (Maire et Président d’EPCI),Laurent Civel (Maire et Président d’EPCI), Jean Louis Pedeuboy (Maire), Renaud Lahitéte (Conseiller municipal). Karine Comet (BF), Titouan Daudignon(BF), François Dedeban (BF), Patrick Dorville (BF), François Finon (BF), Ingrid Galbert (BF), Antoine Parrot (BF), Peter Paupardin (BF), Eric Sargiacomo (BF), Yvan Savary (BF)…

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